
At: ASSS
FEED THE BIRDS—EAT THE RICH
Louise Guerraud
@louise_guerre
8.JUL.2026, 1/3
19:00—
« La fin justifie les moyens »; cette logique, familière de l'historicisme, du progressisme ou encore du transhumanisme, suppose qu'une finalité à venir autorise, dans le présent, le recours à tous les moyens, y compris les plus contestables: violences, exploitations humaines ou animales, traitements abusifs, atteintes aux libertés publiques… Elle conduit à considérer ce qui nous entoure—choses, êtres vivants, personnes, nature—comme des instruments, des moyens. C'est peut-être là que se loge l’irresponsabilité politique propre à cette logique, dans le sacrifice des moyens au nom de la fin. Les pigeons constituent un point d'entrée privilégié pour observer cette tension. Les situations qui leur sont aujourd'hui réservées traduisent un certain rapport au monde qui se déconnecte des réalités vécues par les animaux non-humains, mais aussi de l'histoire singulière dont cette espèce témoigne. Longtemps domestiqués, indispensables à la communication (parfois au fondement de puissances économiques grâce aux réseaux de pigeonniers), les pigeons sont désormais relégués au rang de nuisibles. Survivants, ils incarnent une forme de vie disqualifiée et les personnes liées à leur subsistance sont souvent renvoyées à une marginalité. C'est à partir de ces paradoxes que s'inscrit le travail de Louise. En explorant différentes formes de relation aux pigeons, elle interroge les hiérarchies implicites qui organisent notre rapport au vivant et ouvre une réflexion sur la mémoire, le patrimoine ouvrier, le care et les coexistences interespèces. Plus largement, elle invite à renouer avec affection aux liens ordinaires qui nous attachent les uns aux autres, tous les êtres vivants et sentients, à notre puissance sociale et politique.
« Early each day to the steps of Saint Paul's
The little old bird woman comes
In her own special way to the people
She calls, "Come, buy my bags full of crumbs"
"Come feed the little birds, show them you care
And you'll be glad if you do
Their young ones are hungry, their nests are so bare
All it takes is tuppence from you" »
—Feed the Birds, Julie Andrews